Affûter sa machette et l’art de “chapier”

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Voyage au coeur du Guanacaste : Apprendre à affûter sa machette avant d’aller débroussailler à la main

À 4km de los Andes, La Cruz, Guanacaste Une à deux journée 1 à 3 personnes

Toute l’année  Artisanat, Nature, Culture  Déjà testé par 2 Local Xplorers

Petit aperçu :

Dans toutes les campagnes d’Amérique Centrale, vous croiserez plus d’hommes avec une machette à la main que d’hommes avec un téléphone portable. Si vous pensez que votre smartphone est multifonction, vous vous laisserez convaincre que la machette est encore plus essentielle. Outil de travail et de cuisine, utilisé pour tondre, se nourrir, se frayer un chemin ou pour mener une révolution d’indépendance, la machette se doit d’être infaillible. Pour cela, les hommes passent de nombreuses heures à s’en occuper, car l’aiguisage à la main s’avère être un art à part entière. Nous vous invitons à prendre part à cette tâche.

LA LOCAL IMMERSION

Et si l’on utilisait une machette pour tondre ?

Se mettre dans la peau d’un local au Costa Rica passe aussi par porter sa propre machette à la ceinture. Si celle-ci ne coûte que 3 ou 4 euros dans n’importe quel commerce s’apparentant à une quincaillerie, elle n’est pas vendue aiguisée : pour utiliser sa machette, il faut la mériter. Pour cela, il ne vous suffira pas d’acheter une pierre à aiguiser, en tout cas pas si vous souhaitez qu’elle soit correctement affûtée.

Xavi, un français vivant dans un superbe Eco Lodge perdu en pleine jungle, vous détaillera comment bien préparer sa machette. Au programme:

Préparation du couteau à aiguiser
───
Utilisation de ce dernier pour dégrossir l’affûtage
───
Aiguisage du corp de la machette
───
Affiner la pointe de la machette
───
Finition à la pierre à aiguiser
───
Chapier à la main, ou l’art de tondre à la machette

Attention, cette immersion peut causer des cloques !

LA LOCALISATION

Tierra Madre Eco Lodge, à quelques km de La Cruz, Guanacaste

Le domaine de Tierra Madre, géré par 3 Belges: Fahimeh, Adrien et François, est un véritable lieu hors des sentiers battus.
Dans la région de Guanacaste, à presque 30km de La Cruz (la ville la plus proche, connue uniquement par les amateurs de Kitesurf pour ses plages paradisiaques à proximité) vous trouverez le petit village de Los Andes. À partir de Los Andes, il faudra prévoir une heure pour effectuer 4km… Avec la voiture du propriétaire !
Effectivement, ne pensez pas effectuer le trajet par vous-même, vous ne pourrez pas : on parle véritablement des routes de l’impossible pour accéder à cet hôtel. Contactez par avance l’hôtel Tierra Madre, qui offre des chambres avec une vue époustouflante sur les volcans Conception et Maderas au Nicaragua. Ils vous fourniront un plan détaillé et fixeront une heure pour venir vous chercher. Si vous n’avez pas le budget pour cet hôtel, certes cher, mais qui vaut vraiment le détour, vous pouvez prévoir d’y effectuer un volontariat. Au programme : farming, immersion dans la jungle, production de vins artisanaux, et bien plus encore !

L’HÔTE

Xavi

Si les propriétaires de l’hôtel, Fahimeh, Adrien et François, sont trois Belges on ne peut plus aimables, c’est avec Xavi que vous partagerez certainement cette immersion. Arrivé au domaine en 2016, il s’est rapidement accoutumé à la vie dans la jungle, et en particulier à l’usage de la machette. Si ses journées incluent souvent quelques heures à débroussailler les bois à l’aide de sa machette, ses semaines incluent nécessairement une ou plusieurs heures d’aiguisage. Connu dans le domaine pour rendre n’importe quels couteaux, haches ou autres lames presque trop tranchantes, Xavi s’avérera être un très bon professeur.

NOTRE EXPERIENCE

Tierra Madre est un projet fou imaginé par 3 jeunes belges à l’aube de leur vingt ans. C’est avec l’idée de créer un hôtel alliant les aspects d’Eco-Lodge et de bio-farming que ces trois jeunes ont tout quitté pour acheter quelque 60 hectares de terrain, proche de la frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua. D’abord sans eau et sans électricité, ils ont réussi à construire maisons et chalets au milieu de nul part pour pourvoir accueillir jusqu’à 20 personnes aujourd’hui. Disposant d’une vue à couper le souffle et d’un confort certain, l’éco-lodge accueille aujourd’hui des volontaires pour les aider aux tâches courantes : entretien courant, participation aux récoltes, transformation des fruits en confiture ou en vin et autres diverses tâches allant de l’accompagnement des touristes dans la jungle, jusqu’à l’entretien des champs en coupant herbes et arbustes… à la machette.

Il est certain qu’aucun homme ne peut évoluer dans un environnement aussi hostile sans sa machette, ne serait-ce que pour se défendre contre des serpents pouvant faire plusieurs mètres, ou pour se frayer un chemin sur un sentier que la jungle aura engloutie en quelques semaines. Pour cela, il faut une machette certes, mais une machette particulièrement aiguisée, pour que chaque coup soit efficace et ne fatigue pas trop. Xavi, qui a rejoint le projet en cours de route et qui vit dans cet environnement depuis maintenant 2 ans, s’est spécialisé dans le maniement de cet outil de travail.

Pour une machette parfaitement aiguisée, il suffira de 4 accessoires : un tronc d’arbre, une lime à métaux, une pierre à aiguiser coincée entre 4 clous, et un peu d’eau. Comptez 1heure d’efforts pour une machette de plus de 20 pouces, si vous êtes expérimenté, bien plus si vous ne l’êtes pas ! Tout d’abord, il s’agira d’aiguiser votre lime à métaux avec votre pierre, afin de la transformer en un couteau tranchant. Cela vous permettra de gagner beaucoup de temps pour casser le fil de votre lame neuve.

Ensuite, il faudra coincer votre machette entre votre corps et un tronc d’arbre (ou un poteau en bois) et appuyer afin de donner une courbure assez importante à votre lame. Si vous portez une ceinture, il sera alors plus facile de coincer la machette sur cette dernière sans qu’elle glisse, et cela fera également moins mal. Lorsque la courbure sera bonne, venez appuyer fermement votre nouveau couteau sur la lame, afin d’aiguiser la partie extérieure. Il faut alors forcer, et trouver le coup de main, pour dégrossir l’affûtage sur tout le long de la lame.

Une fois l’opération correctement renouvelée des deux côtés (comptez une vingtaine de minutes) plantez votre lame dans un tronc d’arbre pour venir faire la même chose sur la pointe de votre machette. Ne ramenez pas le couteau vers vous pour ne pas vous blesser, poussez plutôt le couteau vers l’extérieur.
Normalement, vous devriez déjà avoir une lame légèrement tranchante. Cette opération avec le couteau permet également de récupérer les chocs de cailloux dans la lame par exemple.

Ensuite, positionnez votre pierre à aiguiser entre 4 clous pour que celle-ci ne puisse pas bouger. Cette dernière dispose de deux côtés : un à gros grain, à utiliser en premier, et un à petit grain pour la finition. Présentez donc le côté à gros grain vers vous, et venez y frotter la lame sur toute la longueur, quasiment à plat : un léger angle de quelques degrés suffira.

Renouvelez longuement l’opération de chaque côté de la lame. Quand vous sentirez croustiller la lame sous vos doigts, utilisez le petit grain de la pierre afin de finir votre travail correctement. Une personne expérimentée aiguise sa lame en une heure environ, si vous mettez moins de temps la première fois, cela ne paraît pas normal.. Mais qu’importe, l’essentiel est bien d’être fier de sa machette !

Afin de vérifier que votre machette est prête à l’emploi, rien de tel qu’aller vous exercer à tondre avec Xavi : il vous emmènera dans un champ afin que vous en débroussailliez une petite partie à la machette. D’un mouvement ample et puissant, rabattez votre machette parallèlement au sol et au plus proche de la terre, en cassant votre poignet à la fin du geste pour donner un maximum de puissance, sans trop forcer. Impossible d’en ressortir sans ampoules aux mains ! Vous verrez à quel point cette tâche est physique, bien que Xavi vous emmènera dans le coin le plus facile qu’il aura à disposition. Sachez qu’au Costa Rica , surtout dans les campagnes, c’est de cette manière qu’on entretient les terrains. Il en est de même pour l’ensemble des pays d’Amérique Centrale.